Barack Obama a fait de la création d’une couverture santé universelle le grand combat de son mandat. C’est une promesse de campagne. Il y voit une avancé sociale considérable. La conclusion d’un combat vieux de plus d’un demi-siècle pour l’égalité des chances devant la santé. La correction d’une grande injustice, qui fait honte à l’Amérique. Car, et les médias internationaux l’ont suffisamment répété, en ce début de XXIe siècle, au cœur du pays le plus riche et le plus puissant du monde « 43 millions de personnes n’ont pas d’assurance santé » !
Le système de santé américain est complexe et couteux. C’est un système basé sur un partenariat public-privé. Il est géré de manière autonome par chacun des 50 Etats de l’Union. Le gouvernement fédéral n’intervient que pour subventionner deux programmes nationaux: « medicare » et « medicaid », créés par le président Lyndon Johnson en 1965 et dont la mise en place est laissée à la liberté des Etats. « Medicare », garantit une couverture des soins de santé pour tous les Américains de 65 ans et plus, ainsi que pour les personnes handicapées ; « Medicaid » fait à peu près la même chose pour les personnes les plus démunies. Medicare s’applique sans limitation de ressources. Bien que multi-millionnaire, Mitt Romney, le candidat républicain à la Maison Blanche, qui vient d’avoir 65 ans, peut désormais en bénéficier. Medicaid, par contre, impose d’avoir des revenus inférieurs aux minimas nationaux. Il donne la gratuité totale sur certains soins, alors que Medicare n’en couvre qu’une partie. En 2010, 48 millions d’Américains bénéficiaient de Medicare, et 45 millions de Medicaid, pour la moitié d’entre eux des enfants.
Cette combinaison publique-privée laisse néanmoins un certains nombres d’Américains sans couverture santé ! Pas forcément ceux qu’on croit. Contrairement à l’image véhiculée par certains médias ce ne sont pas les plus pauvres qui sont les laissés pour compte du système. Ils sont couverts par Médicaid. A condition d’être citoyen américain ou résident légal.
D’où un premier mythe à démasquer : les « 43 millions d’Américains sans assurance » ne sont pas un groupe figé, dont l’existence entière se déroulerait en marge du système de santé, mais représentent l’agrégat de populations qui à un certain moment de l’existence et pour des raisons diverses, se retrouvent sans assurance. Il ne s’agit pas d’une classe « d’exclus », privés à tout jamais d’accès à un système réservé exclusivement aux riches, comme certains ici veulent le faire croire…
Deux autres facteurs majeurs contribuent à l’inflation des coûts de santé.
La réforme voulue par Barack Obama ne fait rien pour s’attaquer à ces deux derniers points. Elle se contente de corriger le déficit de mutualisation en rendant l’achat d’une assurance santé obligatoire. C’est ce point précis qui a suscité les poursuites en justice et l’examen de la loi par les neuf juges de la Cour Suprême. Car cette « obligation d’achat » est considérée par les opposants à la loi comme inconstitutionnelle. Il n’appartient pas au gouvernement fédéral d’imposer à un citoyen l’achat de quoi que ce soit. La Constitution autorise le Congrès, à « réguler » le commerce, pas à l’imposer.
Mitt Romney, qui avait du mal à mobiliser et à motiver cette base, vient de recevoir un coup de pouce de la Cour Suprême.
La réélection d’Obama se jouera sur la santé de l’économie américaine. Or celle-ci n’est pas bonne. L’activité piétine, le chômage persiste. Obama blâme la crise financière européenne et en appelle à une relance de la croissance. Comme François Hollande.

Confronté à ses homologues du G 20 dans la station balnéaire huppée de Los Cabos au Mexique, François Hollande a trouvé un allié inattendu en la personne de Barack Obama.
On savait les deux hommes « de gauche ». Le premier est« socialiste » et le revendique. Le second rejette une telle étiquette, même si bon nombre de ses électeurs la lui ont collée sur le dos… Mais les deux hommes se rejoignent désormais sur le chemin à suivre pour sortir de la crise. Ils privilégient la « croissance » et en appellent tous les deux à sa relance par la dépense publique. Le premier par idéologie, le second parce qu’il joue sa réélection.
L’euro s’est, en effet, invité dans la campagne présidentielle américaine. Ou plutôt la crise financière européenne. Pour le président Obama, si l’économie américaine peine à redémarrer, c’est parce que l’Europe, son principal partenaire commercial, est au bord d’une nouvelle récession.

« Notre soucis aujourd’hui, c’est l’Europe qui affronte la menace d’une nouvelle récession, a-t-il dit… Moins de demande à Paris et Madrid et c’est moins de commandes pour les usines de Pittsburgh ou Milwaukee… La bonne nouvelle c’est qu’il y a une voie de sortie… Les pays européens les plus endettés doivent réformer leur fiscalité, mais ils doivent aussi promouvoir la croissance économique et la création d’emplois. »
Le mot est lâché. Le vrai souci de Barack Obama, c’est « l’emploi », ou plutôt, le chômage. Après avoir baissé pendant dix-huit mois, revenant de 9,8% à 8,1% entre novembre 2010 à avril 2012, le taux de chômage américain est reparti à la hausse. Moins de 70 000 emplois ont été créés aux Etats-Unis au mois de mai. C’est le plus mauvais chiffre depuis deux ans. De sorte quel taux de chômage se situe désormais à 8,2%. Il touche plus de vingt-trois millions d’Américains.
De mémoire d’historien, aucun président sortant n’a été réélu avec un chômage supérieur à 8%. Pour Obama l’enjeu est donc clair. Gagner au moins trois dixièmes de points sur le front de l’emploi, ou n’être le président que d’un seul mandat…Pour cela il lui faut trouver le moyen de relancer son économie et si l’Europe peut lui donner un coup de pouce, il ne dira pas non.

S’il apprécie la position de François Hollande, Obama sait que la vraie personne à convaincre, c’est Angela Merkel. Depuis le début de l’année, Obama a eu dix-huit entretiens avec la chancelière allemande, en personne, au téléphone ou en vidéo conférence. Leurs rapports sont excellents, assure la Maison Blanche. Ils s’apprécient mutuellement. Mais la dame de Berlin n’en est pas moins restée inflexible…
Obama se bat aussi sur le front intérieur, où il se heurte à son challenger républicain, Mitt Romney qui propose des solutions radicalement différentes à la crise. Le 14 juin, les deux hommes étaient dans l’Ohio, pour donner, presqu’à la même heure mais dans deux villes différentes, leurs recettes de sortie de crise.
Barack Obama, comme Harry Truman en 1948, a critiqué l’inaction du Congrès et son refus de voter son American Jobs Act. Refus qui a « privé un million d’Américains de travail.» Pour lui l’Amérique souffre d’un manque d’emplois et d’investissements publics. Le pays aurait besoin de plus de policiers, de plus d’enseignants ou de pompiers, mais les administrations locales et les Etats n’ont pas les moyens de les embaucher. Le pays aurait besoin « de ponts de routes et d’écoles », mais il n’y a pas de crédits pour les financer.

Il en va tout autrement du « secteur privé », dit le président américain. Là, « le rythme des embauches est soutenu depuis vingt-sept mois… Nous avons crée 4,3 millions d’emplois, dont huit cent mille depuis le début de l’année ». Lors d’une conférence de presse, Barack Obama a même ajouté « le secteur privé se porte bien ». Remarque qui lui a valu les foudres de son challenger Mitt Romney, pour qui elle dénote une ignorance coupable des réalités.
Car Mitt Romney ne cesse de le répéter, « les choses vont mal ». La dette cumulée est 15,7 «trillions » de dollars (un trillion = mille milliards), soit 100% du PIB. La gestion Obama est pour lui « un échec moral de proportion catastrophique ». Inversant les rôles habituels, il cite désormais les chiffres de la pauvreté qui a augmenté sous la présidence Obama. Et pour être sûr que cela n’aille pas mieux dans les mois à venir, son conseiller Glenn Hubbard s’est fendu d’un éditorial dans la presse…allemande ! Pour convaincre Angela Merkel de ne pas céder aux sirènes d’Obama…

En économie, Mitt Romney est, en effet, comme la chancelière, un adepte de la rigueur fiscale. « Dépenser chaque année mille milliards de plus qu’il n’y a dans les caisses, c’est emprunter la même route que la Grèce et à terme nous heurter au même mur… » . La solution est exactement inverse, « limiter nos dépenses », « réduire les règlementations qui étranglent nos entreprises» et « en revenir aux fondamentaux de l’économie américaine avec plus d’initiative privée et moins d’intrusion de l’Etat ».
Au passage Mitt Romney rappelle « qu’il n’est pas question d’envoyer des chèques aux Européens » pour les aider à rembourser leurs dettes. Le laxisme fiscal européen n’a pas bonne presse aux Etats-Unis et sur ce terrain Romney est en phase avec une majorité de l’électorat.
A sa décharge, le candidat républicain consacre plus de temps dans ses discours à critiquer Obama, qu’à proposer des solutions spécifiques. Mis à part le prolongement des allègements d’impôts décidés par George W. Bush en 2002 et le retrait de la loi santé d’Obama (« Obamacare » dans le jargon américain), Romney n’a ni détaillé ni chiffré son programme.

Mais la méthode fonctionne. Romney grignote du terrain sur Obama. Les projections le donnent désormais pratiquement à égalité avec le président sortant en nombre de sièges au Collège électoral, 206 contre 217, avec 115 sièges « indéterminés ». Ceux-ci correspondent aux fameux « swing states ». Or, un certain nombre penchent désormais nettement dans le camp républicain. Comme la Floride, la Caroline du Nord, l’Arizona et le Missouri, tous remportés par Obama en 2008.
- Romney : trop riche pour être Président ?
Obama a relancé la « guerre des classes » aux Etats-Unis. Son camp attaque désormais Romney sur sa fortune, qui ferait de lui un être à part, incapable de comprendre les Américains moyens…

La fortune de Mitt Romney fait la une des journaux américains. Mais, il ne s’agit pas d’apprendre comment il l’a bâtie. Ni comment d’autres peuvent l’imiter et en bâtir une plus importante encore. Signe des temps, il s’agit de savoir si Romney n’est pas trop riche pour devenir président. Si sa fortune ne le distingue pas du commun des mortels américains au point de l’empêcher de le comprendre et de l’aider ?
L’attaque est venue du camp Obama et a été relayée par de savants articles dans la presse. Elle ne vise pas seulement à dénoncer l’immense fortune accumulée par le candidat républicain, mais surtout la façon dont il l’a accumulée : en rachetant et en restructurant des sociétés grâce à sa firme de capital-risque, Bain Capital.
Ces attaques illustrent un nouveau climat outre-Atlantique. Ceux qui croyaient que les Etats-Unis sont toujours le pays de l’argent roi, se trompent. Avec la crise, l’argent est aussi devenu une cible. En avoir trop, aux yeux de certains, peut nuire.
En vérité d’autres présidents ont été bien plus riches que Romney. Et si lui s’est enrichi dans les affaires, d’autres plus récemment se sont enrichis en faisant de la… politique. Mais pour Mitt Romney le problème reste entier. Il ne parvient toujours pas à se définir lui-même. Ni à s’ouvrir à l’électorat. Laissant cet avantage stratégique à son adversaire.
Mitt Romney vaut 255 millions de dollars. Selon les rapports financiers qu’il a lui-même communiqués. En 2010, lui et son épouse Ann ont déclaré 42 millions de dollars de revenus et payé 6 millions d’impôts. Ils ont aussi donné 7 millions, soit un de plus, à des causes charitables, dont 4 à l’église Mormon ! En 2011 ils ont déclaré 21 millions. Parce que ces revenus sont principalement des dividendes et issus du capital, ils ne sont taxés qu’à 15%. Les revenus salariés pouvant l’être jusqu’à 35%.
Romney n’est pas né riche. Mais il a toujours vécu dans une grande aisance. Son père, George, qui lui avait connu, enfant, le plus grand dénuement, s’était hissé jusqu’à la direction de American Motors Corporation, une grande marque automobile absorbée depuis par Chrysler, avant de devenir gouverneur du Michigan.
Passé par Harvard, Mitt a rejoint un grand cabinet conseil de Boston, Bain & Company, en 1977, avant de prendre la direction d’une de ses filiales, Bain Capital. C’est en investissant dans de nouvelles compagnies, comme Staples ou Domino’s Pizza, ou en en rachetant d’autres, qu’il a accumulé une fortune considérable, en honoraires et dividendes.

Considérable, mais pas suffisante pour en faire « le président le plus riche de l’histoire américaine s’il était élu ». Les journaux américains ont dressé la liste des fortunes présidentielles. D’où il ressort que le plus riche d’entre eux fut le premier, George Washington. Grand propriétaire, il possédait un domaine agricole et forestier de trente mille hectares ainsi que plusieurs centaines d’esclaves, soit une fortune équivalente à plus de cinq cent millions de dollars d’aujourd’hui.
D’autres présidents ont été très riches : Thomas Jefferson, également propriétaire terrien ; Théodore Roosevelt et son neveu Franklin, héritiers d’une grande famille de Nouvelle Angleterre assis chacun sur plus d’une centaine de millions de dollars d’aujourd’hui ; John Kennedy bien sûr, dont le père Joseph avait fait fortune initialement durant la prohibition…
D’autres candidats aussi ont eu d’importantes fortunes à leur disposition. En 2004 le démocrate John Kerry, qui a épousé en secondes noces la veuve de John Heinz, propriétaire de la marque de ketchup « Heinz », était à la tête de plusieurs centaines de millions de dollars. De même que Steve Forbes, prétendant à la nomination républicaine en 1996 et 2000 et héritier de l’empire de presse Forbes. Et surtout Ross Perot, le milliardaire texan qui avait fait chuter George H. Bush en 1992.

De cette liste il ressort aussi que nombre de présidents récents n’étaient pas riches en entrant en politique, mais l’étaient devenu en sortant…Lyndon Johnson, originaire du Texas rural accumula une centaine de millions en investissant dans une station de radio. Bill Clinton, ex-gouverneur de l’Arkansas, dont on connait les origines modestes, et malgré des déboires judiciaires considérables, a amassé plusieurs dizaines de millions de dollars en « tarifant » ses discours post-présidentiels, deux cent cinquante mille dollars l’unité ! Barack Obama lui-même. Elevé par une mère divorcée, et par ses grands-parents, c’est grâce à plusieurs bourses qu’il fit ses études. Aujourd’hui il est millionnaire. En 2009 il déclara près de six millions au fisc américain, alors que le salaire présidentiel n’est que de quatre cent mille dollars…
Le cas de Mitt Romney n’est donc ni exceptionnel, ni isolé. Mais il fait débat. Pourquoi ? Pour trois raisons.
La première est que l’Amérique est en crise. Une crise profonde. Où les fondements mêmes du rêve américain, cette idée qu’avec du travail et de l’ambition on peut tout faire, sont menacés ! Dès lors le succès des autres est vu différemment. Ce n’est plus un modèle à émuler, c’est un symbole qui divise.
La deuxième tient à la capacité de l’équipe Obama à orienter le débat. Face à Mitt Romney le camp Obama a décidé de raviver le « class warfare », la « guerre des classes ». A peindre Romney comme « un type vivant sur une autre planète », incapable de comprendre et de répondre aux aspirations des gens ordinaires. Ses revenus, disent-il, le placent parmi le « top 1% ». Loin des autres 99% ! Cette stratégie fonctionne et son succès souligne l’incapacité de l’équipe Romney à définir son candidat.

En politique, aux Etats-Unis comme ailleurs, le premier adage pour un candidat est de «se définir» auprès des électeurs. De projeter auprès de l’électorat l’image souhaitée. Dans ses campagnes précédentes, pour le Sénat du Massachusetts en 1994, pour la Maison Blanche en 2007, Romney avait échoué à le faire. Et en avait payé le prix. L’autre camp l’avait fait à sa place, à son détriment. Ce problème risque de se produire à nouveau…
To be continued…
VA